
L’insuffisance de ressources est le premier facteur conduisant à l’impossibilité de satisfaire les besoins indispensables pour mener une vie décente. La pauvreté pécuniaire entraîne en effet de nombreuses difficultés pour se loger, se chauffer, se nourrir, s’habiller et se soigner.
Pour enrayer la pauvreté, cette question embrassera l’insuffisance du revenu à travers ses dimensions multiples, dont la liste non exhaustive est présentée ci-dessous.
De plus en plus de travailleurs n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Selon une étude du syndicat socialiste, un travailleur sur cinq n’a pas de revenus suffisants pour s’acheter son propre logement, s’offrir des loisirs, pratiquer un sport et partir en vacances. 37% des travailleurs n’ont pas la possibilité d’épargner. La perte de pouvoir d’achat touche de plus en plus de ménages. On peut même dire que la pauvreté ne touche plus seulement les personnes sans emploi, mais concerne de plus en plus de travailleurs. La première cause de ce phénomène est l’insuffisance du salaire. Ainsi, le salaire minimum (revenu minimum mensuel garanti) qui vient d’être revalorisé dans l’accord interprofessionnel 2007-2008 n’avait plus été augmenté depuis 1993. Certes, la diminution des cotisations sociales et de la fiscalité a permis d’augmenter quelque peu le salaire poche de ces travailleurs. Toutefois, cette approche fiscale et parafiscale est un trompe-l’œil. Les impôts et les cotisations sociales sont intégralement redistribués et chacun de nous en bénéficie au quotidien. Grâce à la solidarité la scolarité obligatoire coût 56.000 euros de moins aux parents, une visite chez le médecin coûte en moyenne 5,5 euros contre 21,5 euros sans solidarité, un voyage en train entre Namur et Bruxelles coûte 7,7 euros contre 15,65 euros sans argent public. Or, réduire les impôts revient à réduire les services offerts à la population où à en augmenter le prix. Ce n’est donc pas par la voie fiscale et parafiscale que l’on va augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs. Pour cette raison nous souhaitons aboutir à des solutions créatives conduisant à l’augmentation sensible du salaire minimum.
Néanmoins, la voie fiscale ne doit pas être exclue totalement. En effet, notre système fiscal comporte quelques discriminations flagrantes qu’il est urgent d’éliminer. Ainsi, les travailleurs à faible revenus paient des impôts alors que les allocataires sociaux n’en payent pas. Or, tout le monde est d’accord aujourd’hui pour dire que pour certains chômeurs il n’est pas intéressant financièrement de retrouver un emploi. Les pièges à l’emploi seraient responsables du niveau de chômage élevé dans certaines régions du pays. Alors que le gouvernement Leterme travaille à la réduction progressive des allocations de chômage dans le temps, qui est synonyme de précarisation encore plus grande, nous pensons au contraire qu’il faut que le salaire net incite à travailler. Outre l’augmentation du salaire minimum, nous souhaitons développer des solutions concrètes pour supprimer la discrimination fiscale entre les salaires et les revenus de remplacement tout en préservant la solidarité et les services collectifs.
Dans notre pays, les réductions de cotisations sociales sont désormais très importantes. En 2007, les réductions de cotisations s’élevaient à 6,1 milliards d’euros, soit plus de 16% de l’ensemble des cotisations. Or, ces cotisations constituent un salaire indirect des travailleurs. En effet, les cotisations financent les revenus de remplacement et les remboursements des soins de santé. Malgré leur coût énorme, ces avantages ne sont pas conditionnés à la création d’emplois comme c’est le cas pour le système du Maribel social. Or, sans ce lien à l’emploi les réductions de cotisations ne sont rien d’autre qu’un cadeau pur et simple aux entreprises. Nous souhaitons réfléchir à des solutions novatrices pour que ces réductions créent des nombreux emplois de qualité.
Le problème du pouvoir d’achat ne concerne malheureusement pas seulement les travailleurs aux salaires les plus modestes. Même s’ils ne souffrent pas encore trop de la perte de pouvoir d’achat, de nombreux travailleurs ont subi au cours des dernières années une perte de pouvoir d’achat bien réelle. En effet, depuis l’adoption en 1996 de la « Loi de sauvegarde préventive de la compétitivité et de promotion de l’emploi », la part de salaires dans le PIB (l’ensemble des richesses produites en Belgique) n’a fait que décliner pour atteindre le niveau de 1980. Le corolaire de cette régression salariale est une augmentation symétrique des profits. Les salaires ont donc stagné pour permettre aux profits d’augmenter. Or, les profits constituent une partie – de plus en plus importante – du prix final des produits fabriqués en Belgique. La compétitivité des entreprises belges dépend donc tout autant des salaires que des profits. Ne faudrait-il pas remettre en cause la Loi sur la compétitivité qui, outre son effet néfaste sur le pouvoir d’achat des travailleurs, n’a pas permis d’améliorer l’emploi ? Nous souhaitons réfléchir à des solutions originales pour améliorer la compétitivité tout en sauvegardant le pouvoir d’achat et en créant des emplois de qualité.
Trop souvent aujourd’hui le non-respect de la législation sociale implique une perte financière pour les travailleurs. Une enquête de Stepstone révèle que 64% des travailleurs belges prestent régulièrement des heures supplémentaires non rémunérées. Le professeur Pacolet de la KULeuven explique ces heures supplémentaires impayées sont une sorte de compensation pour les réductions du temps de travail. En moyenne, la durée hebdomadaire de travail avoisine les 40 heures. Globalement cette pratique répandue – qui représente un manque à gagner de 950 euros par salarié – permet aux entreprises d’économiser 1,5 milliards d’euros par an. Or, la réduction du temps de travail est le moyen par excellence pour compenser les hausses de productivité et donc pour augmenter le taux d’emploi qui est la priorité de la stratégie européenne pour l’emploi. L’inspection sociale qui devrait lutter contre ces nombreux abus est malheureusement débordée. Dans le secteur de la distribution, les horaires de certains travailleurs sont notés au crayon et changés en fonction des besoins immédiats de l’employeur. Cette pratique courante pèse lourdement sur la qualité de vie de nombreux travailleurs de ce secteur. Dans les supermarchés franchisés et les commerces de détail, où il n’y a pas de délégation syndicale, les travailleurs sont soumis à des cadences encore plus infernales et doivent prester régulièrement des heures impayées. Nous souhaitons développer des solutions créatives pour aider les travailleurs dont les droits ne sont pas toujours respectés.
Enfin, la réforme récente des allocations complémentaires de chômage pour les travailleurs à temps partiel constitue également un grand bond en arrière. Pour de nombreux chômeurs il n’est plus intéressant d’accepter un emploi à temps partiel car cela implique une perte financière par rapport à leur situation de chômage. Or, le travail reste un des meilleurs moyens d’intégration sociale et un travail à temps partiel peut être un premier pas vers un emploi à temps plein. La réforme du gouvernement du Ministre Vandenbroucke est d’autant plus inacceptable qu’elle pénalise les chômeurs qui retrouvent un emploi alors tout le monde s’accorde à dire qu’il faut encourager le travail. Dans le cadre des solutions pour chacun, nous souhaitons proposer des solutions novatrices pour améliorer la situation des travailleurs à temps partiel et supprimer le piège à l’emploi que constitue cette réforme.
Un projet piloté par Zoé Genot et Olivier Hubert.